Révision constitutionnelle au Mali : les leçons d’une « pré-victoire ».

En 2013, quand le peuple malien élisait IBK, tout l’espoir était fondé sur deux choses principales: la résolution efficace et rapide de la crise au nord du pays et l’équipement sans larmes des forces armées maliennes pour la défense de la Patrie.

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Dès son accession au pouvoir, le Président élu a semblé oublier ce mandat que le Mali a placé sur sa personne. Comme priorité à droite, c’est un avion présidentiel avec des voyages qui ont battu tous les records mondiaux, mais sans aucun résultat. A gauche, ce sont des scandales de nominations des parents proches à des postes. Sur ce fond, IBK et son équipe ne manquent pas de passer quelques fois des offensives verbales arrogantes contre ceux osent donner de la voix pour formuler des critiques. Dans une atmosphère d’insouciance ou d’incompétence, lentement et presque sûrement, le pays s’est plus enfoncé dans la crise et dans des violences jamais connues. L’administration a fui bien des localités au nord, et même au centre du pays  abandonné à la merci des jihadistes, les soldats et combattants maliens tués se comptent par centaines. A part des communiqués laconiques, aucune autre mesure officielle.

A l’approche des élections de 2018, le Président se souvient subitement d’une révision constitutionnelle qu’il donne comme clé de la résolution de la crise au nord. Estimant avoir le soutien d’un certain Macron et mis sur des lauriers par une classe religieuse à la réputation très sulfureuse, il évoque les Accords d’Alger pour défendre ses intentions. Les soupçons se réveillent. Des questions se posent en effet, à savoir pourquoi il a attendu 2017, veille des élections, pour se rappeler lesdits Accords. A l’aide de consultations avec un avocat  français payé à hauteur de 600 millions de francs, lequel se démarquera d’ailleurs par la suite de la rédaction du projet de révision, l’équipe gouvernementale sort un Texte  bâclé avec des parties très controversées. La jeunesse déjà consciente monte au créneau et bat le pavé pour dénoncer le référendum prévu pour le 09 juillet 2017. Trois cent mille, puis un million de  jeunes prennent la rue. Le report est obtenu, mais les débats s’enflamment aussitôt, surtout avec la position ambiguë des leaders religieux auxquels, selon des dires, des postes de sénateurs avaient été promis dans le cadre de cette révision.

Inattendument, pour une première fois, les jeunes ripostent contre les leaders religieux. Habitués à ne pas être contredits dans le pays parce qu’ils se sentent comme des Dieux, pris au dépourvu par la détermination de la jeunesse, ils font une sortie très maladroite lors d’un meeting dans la mosquée centrale de Bamako, allant jusqu’à proférer des menaces de mort contre ceux qui les critiquent ouvertement et publiquement dans  des vidéos balancées sur le réseau social. Pour se défendre, ils arguent des prétextes d’injures sur leurs personnes qu’ils estiment sacrées. Une nouvelle vague de ripostes des jeunes a fini de les réveiller finalement. Les intimidations n’ont pas passé. Sentant qu’ils perdent le terrain qui est resté jusque-là leur chasse gardée, ces leaders font un pas timide vers la jeunesse pour amorcer un dialogue ! Acculé sur le front social en grande effervescence, le Président constate que les leaders religieux ne pourront plus le sauver parce que les « drogués » de la République ne veulent plus de la potion magique religieuse. Il lance donc le dialogue et les concertations. L’issue est arrivée dans la nuit du 18 août 2017: IBK a sursis à sa révision. Ni Macron, ni l’avocat français, ni les religieux n’ont rien pu, face à une jeunesse déchaînée qui a compris le jeu sombre de la classe politico-religieuse malienne et la duplicité de la France. Les tambours d’une pré-victoire ont resonné !

Les leçons d’un bras de fer.  

Primo, IBK est un Président qui semble être étonnamment passé à côté de son histoire et de sa gloire politique. Mandaté pour la résolution de la crise, il aurait dû rassembler tous les Maliens autour de l’idéal du combat, c’est-à-dire la  mise d’un gros trait définitif sur les hostilités au nord du pays. Il aurait dû user de tout son poids politique et mettre en branle sa machine diplomatique pour faire pencher la  Communauté internationale en faveur du Mali et obtenir la levée de l’embargo militaire décrété contre le pays. Dans ce cas, il aurait gagné en estime considérable et se serait inscrit sur la page d’or de l’Histoire du Mali. Il aurait pu, par la suite, gagner n’importe quel pari politique, socio-économique dans le pays, y compris la révision constitutionnelle avortée. Pour avoir manqué à ces deux points essentiels de son mandat, il risque maintenant sa chute politique définitive dans opprobre.

Secundo, la jeunesse. Nul besoin de faire des commentaires pour dire qu’en s’organisant mieux, elle obtiendra le changement souhaité dans le pays. Elle est  déçue de la classe politique. Mais rester à l’écoute et à la traîne de la classe religieuse actuelle, c’est rester  dans la misère totale pour longtemps encore. Ces religieux ont la bouche dans la même trompette. Là, il ne s’agit pas d’un instrument de musique, mais plutôt du verbe « tromper ». Ils font bien le jeu de la classe politique au pouvoir et s’en sortent avec des milliards dans la poche. Aux Maliens mécontents, ils montrent le chemin du Paradis : mourez d’abord pour être heureux enfin! Pourquoi, eux donc, ont-ils besoin de tant de milliards et de luxe ici bas ?

La jeunesse devrait savoir que cette pré-victoire est un avant-goût du combat à mener. Loin de baisser les bras maintenant et de tomber dans une sorte d’auto-satisfaction, elle devrait songer à mieux s’organiser davantage pour monter sur le front socio-politique et économique. De revendications en revendications, d’exigences en exigences, de pavés en pavés, de rues en rues, pacifiquement, mais sûrement et inéluctablement, elle réussira à acculer la classe politico-religieuse pour la plier à ses doléances non prises en compte jusqu’ici. Elle réussira à forger une nouvelle politique de justice sociale, de développement durable et stable aux fruits pour tous, d’obtenir la clé de la résolution des crises et même de leur prévention.

Un avenir radieux est à ce prix sans effusion de sang.

Sekou Kyassou Diallo.

Alma Ata, Kazakhstan.

La rédaction

 

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