Lettre : « Vous ne construirez pas le Mali en voulant la victoire les uns sur les autres »

Dans cette lettre, le Mali s’adresse à ses enfants qu’il appelle à se poser les bonnes questions et à privilégier la réflexion à la colère, à travers la plume de Salimata Traoré. La construction ne passera pas par la victoire des uns sur les autres.

 

Mes enfants,

Je me souviens encore de ce jour où je suis devenu indépendante. C’était un jeudi, 22 septembre 1960. Ce jour-là, les chaînes autour de mes poignets furent enlevées. Mais, ce n’était pas ce qui me rendait plus heureux. Le bonheur, c’était de voir vous, mes filles et fils chanter, crier et danser la liberté, le « yèrèma horonya ». Qu’est ce qu’une mère peut rêver de mieux pour ses enfants ?

Je me souviens encore, comme si c’était hier, du moment où mon fils Modibo a pris les rênes. Fougueux et prônant la politique de la solidarité et de la construction participative, les choses bougeaient. J’avais espoir, espoir et confiance. Au plus profond de moi, je pensais à l’époque de mes fils aînés Soundiata, Soumaoro ou encore Babemba. Je me disais que Modibo et d’autres de vos frères aînés et vous-mêmes redoreront mon blason, me rendront la place que j’occupais autrefois, mon lustre d’antan.

Une grande crise

Bref, mes chers enfants, c’était hier. Aujourd’hui, nous préparons demain. Lors du départ de mon fils et votre frère aîné Amadou, je me suis retrouvé dans le gouffre. Certains de mes fils, vos frères, sont morts. Certaines de mes filles, vos sœurs, sont mortes ou ont été humiliées. Nous avons fait face à une grande crise qui, aujourd’hui, continue.

Mes enfants, vous souffrez de la famine, la pauvreté, le manque d’éducation, l’insécurité, etc. Je suis encore plus dépendante des enfants des autres. Ce sont ces derniers qui tiennent mon économie (entreprises étrangères) et ma défense.

Je dirais que la crise de 2012 y a beaucoup contribué.

« Je blâme tous et toutes »

Mes chers enfants, en tant que votre mère, je vous blâme tous et toutes. Je blâme vos aînés qui dirigent et je blâme vous, le peuple. Vous avez voulu pour votre mère un régime démocratique. Or, cela concilie droit mais aussi devoir. Cela engage la responsabilité de tous et toutes. D’habitude, je vous laisse faire. Mais une mère se doit d’intervenir pour raisonner ses enfants.

Mes enfants, vous ne construirez pas votre mère en voulant la victoire les uns sur les autres. Vous ne construirez pas votre mère en visant des intérêts individuels. Vous me construirez en visant l’intérêt de votre mère et en vous posant les bonnes questions. Si le départ d’un tel est une bonne chose pour nous, est-ce le cas pour votre mère ? Qu’est-ce qui va se passer après ? Avons-nous des solutions concrètes ? Nous voulons le changement. Mais sommes-nous tous sur la même longueur d’onde en réalité ? Cumulerons-nous deux crises?

Mes très chers, une mère ne décide pas pour ses enfants. Elle conseille et permet à ces derniers de se poser de bonnes questions, de primer la réflexion sur la colère.

Je compte sur vous pour faire le bon choix et prendre les bonnes décisions. Car en sauvant votre mère, vous sauverez toute votre lignée.

Soyez un seul et unique peuple, ayez le même but et gardez la foi.

Votre mère.

Source : Benbere

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