Lettre ouverte au président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef suprême des Armées, Chef de l’Etat

Lettre ouverte

Le peuple du Mali, dans une écrasante majorité,  vous a porté à la magistrature suprême du pays à l’occasion de l’élection présidentielle de 2013 avec plus de 77% des suffrages exprimés pour conduire sa destinée vers le progrès économique social et culturel.

Ce plébiscite témoigne de l’adhésion massive des populations à votre programme de développement qui promettait  bonheur et honneur pour les Maliens. Il démontre à suffisance  l’aspiration profonde des populations à faire une  rupture avec l’ordre ancien (dont vous êtes pourtant  un pur produit) caractérisé par la mauvaise gouvernance, la corruption, la misère, le népotisme et d’amorcer les perspectives pour une réelle transformation sociale qualitative et quantitative.

Monsieur le Président,

Quatre années après votre élection, l’espoir que vous a avez suscité  s’est fondu comme beurre au soleil.

Le bonheur et l’honneur des Maliens sont loin d’être au rendez-vous. Cet honneur a été sérieusement  écorné  par les scandales financiers (scandale lié au marché du contrat d’armement, de l’engrais frelaté, etc.) qui ont largement pollué votre premier quinquennat. Pire, la corruption poursuit de plus  belle son envolée dans l’atmosphère ambiante de  l’impunité.

En dépit du vote de la loi contre l’enrichissement illicite et la création de l’Office national de lutte contre la corruption, chaque année le rapport  produit par le Bureau du Vérificateur Général fait état de plusieurs milliards de nos francs détournés de leur destination au profit des responsables sans scrupules et sans pitié. Les chiffres sont effrayants. Aucune sanction, aucun procès pour corruption n’a eu lieu en dépit du fait que vous avez décrété l’année 2014, année de lutte contre la corruption.

Contrairement à votre déclaration, vous avez transformé notre pays en un gigantesque gâteau dont vous, vos parents, amis et soutiens ont le droit de jouir.

Excellence Monsieur le Président,

La résolution  définitive de la crise sécuritaire de 2012 qui a ébranlé tous les fondements de notre architecture institutionnelle a été un motif  déterminant pour votre élection à la magistrature suprême car les populations avaient cru à votre expérience d’homme  d’Etat (conseiller à la présidence de la République, ambassadeur, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale du Mali) pour résoudre définitivement la sempiternelle question du Nord et rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.

De guerre lasse, la situation perdure et s’amplifie. L’administration et les services sociaux de base (santé et éducation) sont absents  dans les régions nord du pays et singulièrement à Kidal.

Cette situation devient de plus en plus inacceptable avec son cortège de morts d’hommes. Ainsi, l’espace national est loin d’être pacifié malgré la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les mouvements armés à Bamako. Le décompte  macabre est sans appel : le bilan est de 396 morts, en 2016, dont 207 civils et 258 morts, au 31 mars 2017. Les forces armées et de sécurité maliennes (FAMAS) se font tuer chaque jour, malgré la signature de l’accord de défense avec la France et la loi de programmation militaire censée renforcer les capacités opérationnelles des hommes.

Les familles de ces soldats morts au front pour défendre le drapeau national n’ont-elles pas droit aux logements sociaux en reconnaissance de leur sacrifice ? Pourtant, les sportifs, après une brillante prestation à une compétition africaine, en ont droit ; Paradoxe, Monsieur le Président !

La dernière attaque contre un détachement militaire à Gourma Rharous fait état de cinq morts. Des affrontements meurtriers font également légion au centre du pays. Ainsi, le tronçon Diabaly- Nampala a encore été attaqué : au moins neuf (09) soldats tués, le 2 mai 2017 !

La situation est préoccupante, l’insécurité bat son plein dans les zones urbaines et péri urbaines et ouvre royalement la porte à toutes sortes d’aventures aux conséquences imprévisibles. Elle doit vous inciter à renoncer à une révision de la Constitution du 25 février 1992 qui ne   devrait s’opérer lorsque la souveraineté nationale est menacée (art 118) pour vous attaquer aux questions plus fondamentales.

La Constitution est un acte hautement politique, elle ne saurait  être l’apanage des seuls universitaires, avocats et autres techniciens enfermés dans une tour d’ivoire. Votre commission d’experts ne comprenait en son sein guère de représentants des partis politiques, de la société civile, des autorités religieuses et traditionnelles.

Au regard de la situation socio sécuritaire du pays, le referendum n’est pas la priorité du moment.

Monsieur le Président,

Les Maliens souffrent dans leur chair et dans leur âme sous le poids de la misère, de la pauvreté, pendant que la croissance économique est au vert, dit-on. Les produits de première nécessité dépassent le portefeuille des Maliens. Dans ce capharnaüm, le front social est en pleine ébullition.

Ainsi, les enseignants du supérieur  observent un mouvement de grève pour l’amélioration de leur condition de vie et de travail. Cette grève intervient après celle des médecins et des enseignants de tous les ordres.

En outre, le chômage est devenu endémique. Les facultés et grandes écoles déversent chaque année des milliers de jeunes qui grossissent la grande armée des diplômés sans emploi. Jusque-là vous et votre gouvernement n’avez été capables de présenter une digne politique nationale de l’emploi capable de réduire considérablement le chômage.

La seule alternative que vous leur proposez est l’aventure, le sous-emploi ou le stage de volontariat à l’APEJ pendant une année. Pourtant, vous aviez annoncé 200.000 emplois dans vos promesses de campagne.

Monsieur le Président, la création d’emplois passe nécessairement par la bonne gouvernance, la récupération des sociétés et entreprises d’Etat liquidées (HUICOMA, BETRAM, chemin de fer, SOTELMA, etc.) et la reconstitution du tissu industriel.

Monsieur le Président,

Les prolongements répétés de l’Etat d’urgence pour contre carrer toute expression politique contraire aux vôtres ne résoudra en rien le problème. Plus que jamais, les Maliens ont besoin d’un Etat en urgence sur la demande sociale et non l’inverse.

Alpha SIDIKI SANGARE

 

Source:  Inter De Bamako

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