Avec le recul : Un regard sur l’hyper choc du Mali de 2012

1- Contexte général

Les guerres sont partie intégrante de la vie des hommes sur tous les continents depuis les temps les plus reculés. Mais que de guerres en Afrique ces trente dernières années ! Un record absolu.

 

 

Si nombreuses et variées soient -elles, ces guerres achevées ou en cours sont toutes différentes de celle du Mali en tous points. Cette dernière s’est révélée en effet le summum de l’agression caractérisée, celui des méthodes obscurantistes du fond des âges et enfin de l’arrogance comme il n’en existe guère. Ailleurs, dans nombre de cas, ces conflits sanglants ont surgi comme résultante de frustrations majeures accumulées, de mauvaise gouvernance qui allait bon train, les acteurs ignorant que la nuée porte l’orage.

 

 

Mais c’est à chaque pays de s’assumer au mieux .L’image de l’Afrique s’altère et l’on accourt des quatre coins de la planète en pompiers. Il se trouve toutefois que cette même Afrique a tant donné au monde presque en tous domaines qu’elle aura ainsi prouvé par cela qu’elle n’est pas seulement consommatrice de civilisations, de technologies et d’aides multiples .Face à la compassion générale justifiée de ces moments de déconstruction et de tueries (Centrafr. Soudan du Sud) il y a donc d’autres éléments qui rétablissent les valeurs.

 

 

 

Quid donc de notre cher Mali pendant et après son hyper choc du Nord ?

 

 

2-Regard rétrospectif

L’histoire, la tête froide, dégagera en temps opportun toutes les responsabilités internes et les connivences externes dont la pâle addition a abouti à rendre effectifs l’envahissement et l’occupation du Nord Mali. Le Sahel entier était menacé mais seul le Mali à été envahi

Pour l’heure en tout cas, une opinion d’ensemble peut être proposée au lecteur quant au vécu des phénomènes subits et aux exigences qui en découlent.

Les Djihadistes chacun le sait sont venus s’installer. Avec armes soustraites frauduleusement de l’arsenal Libyen-chaos et débandade aidant-il faut conquérir le Mali en commençant d’abord par le Nord. L’armée malienne ne parait pas prête au choc et le désert immense est plutôt un terrain de prédilection. La bonne affaire !

 

 

Le but de la conquête (un des buts en tout cas) est d’y instaurer un islam avec des pratiques autres que l’existant et plus rigoureuses. Mais en démarrant des sables Libyennes à bord de pick up surmontés d’armements lourds, les téméraires combattants ignoraient un postulat :

C’est que l’usage de la force-inhérent à l’homme depuis l’antiquité- doit toujours être soumis à des principes.

 

 

Faute de quoi, un agresseur, même momentanément victorieux, sera sans conteste repoussé le temps jouant contre lui.

 

 

Ainsi donc, comment une horde  de guerriers transplantés, même en s’appuyant sur des collabos (toutes les guerres en secrètent) pouvait s’imaginer qu’avec la puissance des restes d’armes de Libye, le peuple si fier du Mali se laisserait spolier d’une partie de son territoire quel que fût l’état incomplet de ses moyens de défense ?

 

 

Celui qui se bat pour sa terre,  son pays, trouve naturellement une force que n’a guère l’envahisseur même surarmé.

 

 

Le premier est à la maison, chez lui, le second non !C’est cette lame de fond qui accouchera des mécanismes aptes à rétablir le droit, à fragiliser l’imposture, à remettre d’aplomb la dignité écornée de tout un peuple.

 

 

Conquérir le Mali au nom de Dieu et du vrai islam ! Les Nazis y compris devant les fours crématoires prêts à être actionnés, faisaient référence eux aussi à Dieu et arboraient toujours sur leur ceinturon l’inscription  » Got mit uns  » (Dieu avec nous).

 

 

Au Nord, les vexations et les humiliations vont bon train. La facilité de la pénétration en territoire malien avait fait croire aux Djihadistes que le sort de ce pays cueilli à froid était désormais scellé à jamais tel le nœud coulant de la potence. L’arme au point, on se  pavane en pays conquis et soumis. Le jabot ainsi gonflé d’assurance, le verbe bravache et vexatoire, les nouveaux  » visiteurs  » évoluaient de Tessalit à Tombouctou, maniant leurs ordres et commandements comme un boucher ses couteaux.

 

De la brutalité sèche ! L’arrogance du parvenu ! Nul parmi eux ne pense un seul instant que ce peuple qu’on déstabilise n’est peut- être pas un ensemble de gens rassemblés par hasard et par les siècles en cet espace, sans ciment véritable et sans noblesse d’âme allergique à la sujétion .Et que les fibres et l’ardeur qui ont mû un Firhoun ou un Babemba pourraient être  des A.D.N inscrits dans les gènes de leurs descendances. Le feu pouvant dès lors couver sous la cendre et tout repli, même apparemment consommé, ne signifiant pas forcement défaite et abandon.

 

 

Au contraire, il faut avancer vers Douentza, Diabaly puis Konna et viser, ultime point stratégique décisif, Sévaré !

 

 

Mieux : dans les calculs, les maîtres jusque  là du terrain se voient à Koulouba.

Un Koulouba qui résonne de façon particulière aux oreilles des Maliens eux-mêmes depuis le Gouverneur Louveau.

 

 

Koulouba aujourd’hui encore où même les tourterelles plantées sur les nimes et les cailcédrats alentours bombent le torse comme habités par la grâce d’un lieu unique. Pendant que les occupants gambergeaient sur ces avancées programmées, les maliens aux quatre coins du pays vivaient en apesanteur. Les familles se disloquaient et s’éparpillaient en exil, la société scrutant, la rage au cœur, quelque indice salvateur en l’occurrence plutôt lent à apparaitre. Quand on ajoute à cette psychose les pertes économiques (600 milliards de francs Cfa chiffre officiel) et le recul net des investisseurs, on mesure à peu près ce que fut cette page sombre malienne. Les Maliens actuellement ne parlent plus de cette tragédie, sans doute par dignité contenue. Mais l’image des Djihadistes est là, enfouie dans le disque dur de la mémoire collective. Cette mémoire revêt la forme d’une marmite où bouillonne silencieusement mais pour toujours, une amertume à fort teneur de soufre.

 

 

Impossible psychologiquement  d’oublier à fond l’épisode de tels partenaires rêches et aux emballements incandescents. Dès lors que femmes et enfants, apeurés tels le minotaure dans le labyrinthe, ne sortaient presque plus, l’issue ne pouvait être aux calendes grecques.

Dans ces conditions, comment vouliez-vous qu’il en allât autrement ?

 

 

Sinon que les intrus seraient mis dehors d’une manière ou d’une autre.

 

 

Car l’histoire, après toujours ses ironies et ses grimaces souvent très aberrantes, finit en général par recouvrer sa logique naturelle. Et dans son registre, au chapitre des mufleries politico-militaires audacieuses, les outrances dans l’action sont d’autant plus abondantes que les acteurs menant la danse apparaissent plus illuminés que cultivés même accompagnés de   collabos ou de politiciens de brocante zélés à faciliter l’harmonie de la nouvelle cohabitation pourtant incongrue par essence. Pour le Mali, à quelque chose malheur est bon. En effet, avec ce choc intense et singulier, le pays vit une super occasion d’introspection complète, sincère. Et s’il l’assume, féconde. Certains coups qu’un individu ou une nation reçoit se révèlent in fine comme des éléments moteurs en vue d’une progression à long terme différente. Car les mutations positives quoique rares, existent bel et bien  et tirent vigoureusement toute une société vers le haut. C’est-à-dire vers un esprit collectif évoluant avec des mesures saines et bonnes pour le pays.  Le Rwanda, après ses huit cents mille morts du génocide de 1994 semble avoir réussi ce sursaut.

 

 

3- Considérations économiques

La relance de l’économie s’inscrit plus que jamais comme un objectif de base. En ces temps maussades que nous vivons, les défis  hélas se conjuguent sous les oripeaux à la fois d’une crise malienne traumatisante et ceux d’une crise mondiale.

 

 

Si le taux de croissance en fin 2014 ne réussissait guère à atteindre un chiffre élevé, peut -être qu’une certaine prouesse serait de savoir éviter déjà toute déflation.

 

 

En cette première année de prise en main d’une économie cassée en partie par des événements destructeurs hors normes, les efforts nécessaires dépassent ceux classiques. La deuxième année devrait normalement trouver le Mali en pleine gestion des 3 Milliards d’Euros promis à Bruxelles entre autres oxygènes possibles. Aujourd’hui, quelque part on dirait cependant que  le renouveau économique basé sur une bonne relance des investissements semble s’enclencher.

 

 

Les investisseurs Coréens et ceux du Qatar qui ont manifesté à nos autorités  un vif intérêt et une volonté imminente d’investissements d’envergure dans le court terme pourraient s’avérer des catalyseurs et incarner ainsi un appel d’air.

 

 

Le Mali intéresse tant les capitaux étrangers que le moindre élément de sang neuf que nous réussirions à les faire injecter dans l’organisme du <<sujet éprouvé>> serait élément d’une dynamique porteuse pour enfin une vigoureuse création d’emploi chez  des jeunes en déshérence.

 

 

La main en visière sur le front  pour scruter un horizon jusque là peu dégagé en matière de perspective on voit ces jeunes gens  assis en groupes (parfois diplômés), occupant le temps à boire du thé et à bavarder de tout et de rien. L’oisiveté redessine le même schéma vide pour leur programme  du lendemain.

 

 

Oui les structures exogènes nanties, les organisations et les pays riches observent eux aussi d’un œil bienveillant le Mali convalescent et ses potentialités sommeillant en partie.A titre d’exemple la B.A.D porte un souffle nouveau. Au  F.M.I, les têtes pensantes semblent avoir perdu quelque peu de leur superbe depuis l’échec de l’ajustement structurel conçu et imposé par elles. Maintenant, la structure qui toise moins l’Afrique propose avec un pragmatisme nouveau des accompagnements financiers intrinsèquement intéressants et porteurs. Beaucoup d’autres superstructures et pays lointains encore en observation de notre degré de sérieux pour la bonne gouvernance et une justice purgée de nombre de ses tares profondes, lorgnent vers le Mali et pourraient venir.

 

 

Déjà, la très sérieuse et respectueuse organisation des producteurs français s’est présentée sur le terrain il y a peu. Elle est arrivée à la conclusion que la production agricole du Mali et les disponibilités en terres cultivables et en eau justifient amplement un élan concret d’accompagnement de leurs homologues locaux pour un vaste processus de transformation industrielle des produits. Voila là un tremplin objectif pour commencer à parler d’émergence quelconque dans le futur. Il est à parier qu’un  tel processus initiera probablement un réseau d’irrigation de bonne hauteur et non artisanal, condition sine qua non du développement même du Mali.

 

 

Si les efforts nouveaux sont attendus pratiquement dans tous les secteurs d’activités, n’oublions guère là-dessus, un détail. C’est que dans certains domaines de tels efforts peuvent avoir été enclenchés sans signes premiers spectaculaires. Car la maturation aussi est souvent de mise et ne signifierait guère léthargie.

 

 

Dans tous les cas, le moindre indice de progrès, si c’est en faveur de l’intérêt réel du Mali devient forcement un levain, une courroie d’encouragement, de transmission et surtout d’adhésion.

 

 

A preuve : tous les Maliens se réjouissent de la bonne reprise en mains par les autorités de l’armée : équipement nouveaux et de bonne technologie face aux défis, formation intellectuelle de hauteur pour les hommes et par une large panoplie d’encadreurs de tous pays européens. Ce sang neuf injecté dans la grande muette est  interprété par le citoyen lambda comme  le premier élément de l’éclosion d’un Mali responsable et en quête de son rang.

 

 

Car ce citoyen lambda, plus pétri de jugements et de raisonnement appropriés qu’on ne le croit, n’oubliera jamais l’incurie de décisions hasardeuses ayant conduit le bateau vers le récif même si d’autres paramètres indépendants, de nous ont joué eux aussi.

 

 

Un autre signe visible et encourageant réside sans doute dans le sérieux naissant affiché par l’école. Le primaire et le secondaire en tous les cas, se signalent par l’assiduité et une nouvelle volonté de travail. Le supérieur, plutôt  surpeuplé, navigue au milieu de mille contraintes et peinera sans doute encore à trouver ses marques.  En le domaine, il est patent que toute grève on série de grèves précipiteraient vertigineusement le niveau scolaire déjà combien précaire vers d’inquiétantes profondeurs. Les cadres et technocrates du Mali  des court et moyen terme devraient réussir — ce dont  les signes précurseurs sont absents pour le moment — à tenir la dragée haute aux autres cadres sous régionaux dans les rencontres de prise de décisions et de financement de chacun des pays. Les enjeux sous-jacents de l’avachissement de l’école sont  à mesurer, par vision lucide, à cette aune là aussi.

 

 

Bref beaucoup de choses sont à faire pour une substantielle reconstruction. Et d’efforts  également à faire sur nous-mêmes en vue d’amenuiser ou de remédier à  nombre de pratiques où le bât blesse et qui mériteraient une analyse lucide et approfondie le moment venu.

 

 

3-Conclusion :

En dehors des divers points abordés ci dessus, il y a dans l’entité Mali telle qu’en elle-même un ou deux aspects sous-jacents assez intéressants et qui, sans tambour ni trompette aiderons toujours à sauver quelque part  les meubles y compris au cœur de tout orage.

 

 

a)    Le premier est celui-ci :

Réputé selon tous les Africains qui y vivent ou qui y passent pour abriter la meilleure convivialité sociale naturelle du continent, le Mali, sans forcer, donne des preuves irréfutables d’une telle vertu :

 

 

Par rapport à l’Afrique, Il n’y a qu’à voir avec quelle élégance et alacrité les lendemains d’élections présidentielles ont été gérés. Et ce, aussi bien récemment qu’en 2002 année où pourtant beaucoup d’indices inhérents aux résultats annoncés  paraissaient sujets à caution. Mais à quel prix cela ce fût passé si l’on se réfère aux exemples similaires que notre continent à abrités du Kenya à la Cote d’Ivoire ou ailleurs encore. Hécatombes de vies humaines, destructions systématiques, l’Afrique des élections reste une problématique en quête de ses marques .L’unique  solution radicale réside dans l’honnêteté des urnes  et l’abnégation  des groupes d’acteurs aux avant postes. L’Afrique à toujours aider après les dégâts y gagnerait en respect réel. Au Mali où tout est loin d’être parfait  oh combien ! on ne s’entredéchire pas dans les fièvres électorales.

 

 

La main tendue du perdant plutôt que des encouragements à des soulèvements incontrôlables relève de quoi exactement en dehors des apparences et de la publicité facile ?  Si on regarde en profondeur, ça reflète beaucoup plus un pan de l’entregent et du génie de convivialité et de concorde d’un peuple qu’un élan  éventuellement candide des acteurs concernés.

 

 

b)    Le second (support tangible) serait le suivant :  Il s’agit des richesses exponentielles du sous-sol, de l’impressionnante disponibilité des riches terres agricoles, du capital cheptel  à travailler méthodiquement. Quelles que soient les épreuves traumatisantes, nous devons croire dur comme fer et sans démagogie aucune en l’avenir réel de notre pays.

 

Une telle conviction de fond a beaucoup joué pour la renaissance d’un pays comme le Rwanda(encore lui).Sans compter que, dans l’espace CEDEAO et ses marchés les compétitions en réalité sont à une phase plus prononcée que récemment lors même que, souvent, on n’en aperçoit pas à priori les exigences mais qui rattrapent toujours.

 

 

Par Dr Mantalla Coulibaly*

 Médecin Vét.- Ancien Fonctionnaire*

SOURCE: L’Indépendant

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