UA: «Face à Boko Haram, il faut agir vite !», estime Smaïl Chergui

Le 24e sommet de l’Union africaine s’est terminé samedi soir par un grand « show » de Robert Mugabe, le nouveau président en exercice de l’organisation. Mais loin des projecteurs, un homme a pris des initiatives qui marqueront peut-être plus durablement le continent que les provocations verbales du chef de l’Etat du Zimbabwe. Cet homme, c’est l’Algérien Smaïl Chergui. Il est le commissaire Paix et sécurité de l’UA. Il répond aux question de l’un de nos envoyés spéciaux à Addis-Abeba, Christophe Boisbouvier.

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RFI : D’ici la fin de ce mois de février vous allez donc saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour qu’il soutienne la force multinationale africaine qui va combattre Boko Haram. Mais est-ce que vous êtes certain que les grands de ce monde vont accepter de financer une opération militaire sur laquelle ils n’auront aucun contrôle ?

Smaïl Chergui : C’est une question pertinente, mais nous avons enregistré l’intérêt de tous les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, et je peux vous dire déjà que la résolution qui devra être proposée devrait rencontrer un appui quasi-unanime. Donc c’est dire que tout le monde actuellement s’accorde qu’il faut agir et agir vite. Donc nous avons vu un accord du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, d’autoriser cette force multinationale et je dois le souligner donc, avec l’accord de tous les pays concernés, y compris le Nigeria. Je pense que c’est une avancée remarquable qui va nous permettre maintenant d’être pris au sérieux par la communauté internationale.

Oui, mais cette région que tient Boko Haram est très, très peuplée ! Et depuis plusieurs années l’armée nigériane y multiplie les bavures meurtrières. Et ce que craint le Conseil de sécurité de l’Onu c’est que demain une force multinationale africaine financée par les grands de ce monde commette à nouveau des bavures contre les populations civiles.

Je ne pense pas. D’abord par rapport à l’attitude de l’armée nigériane il faut peut-être à sa décharge, reconnaître qu’elle n’était pas préparée pour ce genre de combats. C’est une armée classique. Maintenant il y a une réunion technique qui va se tenir à Yaoundé du 5 au 7, donc qui va arrêter le concept de cette force. Et qui dit concept dit qu’elle aura aussi un état-major. Il y a des règles, des règles d’engagement bien sûr, et donc on veillera à ce que cette force travaille dans le respect des principes du droit international.

Autre conflit, la guerre civile en Libye. Il y a un début de négociation à Genève sous l’égide des Nations unies et au niveau de l’Union africaine vous venez de créer ce groupe contact international. Mais qu’est-ce qu’il peut apporter de plus ?

D’abord c’est pour rappeler que c’est un problème africain. Et que si l’Afrique avait été écoutée en 2011 et avait eu l’occasion d’essayer de promouvoir le plan de paix qu’elle avait, peut-être que la Libye aurait connu un autre sort. Donc nous travaillons main dans la main avec les Nations unies…

Et Bernardino Leon ?

Bien sûr ! Puisqu’il mène les négociations de Genève que nous appuyons. Donc l’idée c’est de voir comment justement, favoriser ce qui est en train d’être fait et peut-être aussi de l’améliorer, puisque nous savons que ce n’est pas tous les Libyens, toutes les parties libyennes, qui participent à Genève. Donc l’idée c’est de pousser vers un consensus.

Et peut-être parler aussi avec les parrains de Fajr Libya de la Libye, les islamistes de Tripoli. Je pense à la Turquie et le Qatar ?

C’était un peu ce qui a motivé l’invitation que nous leur avons adressée. Parce que dans notre esprit il faut absolument traiter avec ceux qui peuvent favoriser le processus de paix et également ceux qui peuvent créer des complications ou retarder. Donc il est bon que toutes les parties, de part et d’autre, puissent être mises à contribution. Donc nous espérons que bientôt peut-être, un gouvernement d’Union nationale sera dégagé et qu’il y ait un nouveau départ dans ce pays.

Il y a quatre ans au moment de la révolte contre le colonel Kadhafi, l’Union africaine a été éjectée de ce dossier libyen. Aujourd’hui c’est la revanche de l’UA ?

Non. Je crois que les faits sur le terrain parlent d’eux-mêmes et parlent à ceux-là mêmes qui ont empêché ce panel de chefs d’Etat de s’y rendre.

En 2011 on a été injuste avec Ping ?

A mon avis, ils n’ont pas écouté sa sagesse.

 

Source: RFI

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