Thomas Sankara: cinq choses à savoir sur le dossier de l’assassinat du leader panafricain

Le Burkina célèbre les 33 ans de l’assassinat de Thomas Sankara.

Le père de la révolution du pays a trouvé la mort dans un coup d’État le 15 octobre 1987. Depuis cette date, la famille du défunt capitaine milite pour que la vérité qui entoure la mort de cet ancien président du Burkina Faso soit connue.

 

Mais la bataille juridique semble bien longue dans cette affaire d’assassinat au sommet de l’Etat Burkinabé entouré de bien de zones d’ombre et de mystère.

Voici cinq points clés pour comprendre le dossier Thomas Sankara et l’évolution d’une bataille juridico-politique qui dure depuis 33 ans.

1 – Une mort entourée de tabou

Anti-colonialiste et panafricaniste, Thomas Sankara avait un franc-parler qui dérangeait non pas seulement en Afrique (au sein de la classe des vieux dirigeants post-indépendance) mais au-delà, notamment dans le club des anciennes puissances coloniales.

Le porte étendard de la révolution burkinabé avait un esprit libre qui choquait pour son époque souligne Valère D. Somé, un de ses plus proches compagnons dans son ouvrage “Thomas Sankara : l’espoir assassiné”.

Quand le 15 octobre 1987, après quatre années au pouvoir, Thomas Sankara est tué avec douze de ses compagnons alors qu’il se rend à un conseil des ministres extraordinaire, les regards ne se tournent pas seulement vers Blaise Compaoré, son successeur à la tête du Burkina Faso.

Certains y voient un crime au-delà des frontières burkinabés qui sera entouré de tabou pendant les longues années de règne du président Blaise Compaoré. Durant cette période, aucune procédure judiciaire n’est engagée. Et, l’enquête est au point mort.

2 – La réouverture du dossier

1987-1997 : le dossier Sankara avait dix ans et devait – selon la loi burkinabé – être frappé par une prescription.

Pour garder espoir et continuer son combat pour la vérité, Mariam, la veuve Sankara, va porter plainte contre X pour assassinat en septembre 1997.

Une plainte sans suite puisque pendant les 27 années du pouvoir de Blaise Compaoré, la mort de Thomas Sankara était un sujet mis sous l’éteignoir.

Mais, les choses vont très vite évoluer en 2014 lorsque le président burkinabé (qui vit aujourd’hui en exil en Côte d’Ivoire) est renversé lors d’un soulèvement populaire.

Il faut attendre mars 2015, cinq mois après la chute de Blaise Compaoré pour que la plainte soit relancée suivi de la réouverture d’un dossier de crime sans véritable enquête, ni accusé.

Les avocats de la défense relance la machine et obtiennent que les présumés corps de Thomas Sankara et de ses compagnons soient exhumés fin mai 2015 pour une expertise ADN.

Des doutes avaient été émis par les familles après les expertises en France puis en Espagne : elles avaient donc exigé en 2017 une contre-expertise.

Celle-ci réalisée de nouveau sur les restes supposés de Thomas Sankara et ses 12 compagnons indique qu'”aucun profil génétique” n’a pu être établi sur les corps exhumés dans la tombe où ils étaient présumés enterrés.

3 – Qui est dans le collimateur de la justice burkinabé ?

“Qui a tué Thomas Sankara” est et demeure la grande question. L’affaire est si complexe que les suspects ne manquent pas.

De Blaise Compaoré aux Libyens, en passant par les Ivoiriens ou encore les Français…la traçabilité du crime échappe même aux fins limiers.

Cependant, la justice burkinabé a déjà dans son viseur des noms. Sous le président Roch Kaboré, le dossier Sankara semble avancer.

33 ans après l’assassinat, une douzaine de personnes ont été inculpées ou sont poursuivies dans l’affaire Thomas Sankara.

Parmi les accusés, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, un des anciens gardes du corps de Thomas Sankara et le général Gilbert Diendéré.

Mais ces cas qui relèvent de la justice militaire sont loin d’avoir refermé le dossier Thomas Sankara.

4 – Le dossier finalement en jugement

Le dossier sur l’assassinat de Thomas Sankara quitte l’instruction et est transmis à la chambre de contrôle pour aller en jugements.

Le communiqué de presse du collectif des avocats des ayants-droit du capitaine du Capitaine Thomas Sankara précise que 25 personnes seront bientôt face au juge.

“Blaise Compaoré dit Jubal, Hyacinthe Kafando, Gilbert Dienderé, Gabriel Tamini, Diébré Alidou et vingt (20) autres, tous poursuivis pour différents chefs d’inculpation dont principalement les crimes d’attentat à la sûreté de l’Etat, d’assassinat, de faux en écriture publique, de recel de cadavres, etc… ou de complicité de ces infractions a connu une évolution notable” peut-on lire dans le communiqué.

C’est un soulagement affirment les avocats de la famille Sankara à BBC Afrique Maitre Prosper Farma, est l’un des avocats.

“Nous avons attendu quelques années déjà que ce dossier quitte l’instruction pour aller en jugement parce que sous le régime de Blaise Compaoré pratiquement aucun acte n’a été posé et il avait été refuse à la famille l’ouverture d’une information relativement à ce dossier”.

“C’est déjà un grand pas” conclut Maitre Prosper Farma.

5 – Au-delà des frontières burkinabés

Dans l’affaire Thomas Sankara, les yeux sont aussi tournés vers Paris. Suite à une action de la famille Sankara, le député des français de l’étranger Afrique de l’Ouest-Maghreb, Pouria Amirshahi, transmet une demande officielle au président de la République François Hollande en mars 2017.

Une requête aux fins de levée des archives pour aider à l’établissement de la vérité sur l’assassinat de l’ancien président burkinabè.

Emmanuel Macron qui s’installe à l’Elysée hérite de cette requête. Il a d’ailleurs promis que tous les documents français concernant l’assassinat seraient “déclassifiés”.

Cette décision s’inscrit dans la logique de mettre fin aux affaires dites de la politique africaine de la France (Françafrique) comme le cas de la déclassification des archives françaises sur le génocide des Tutsis au Rwanda de 1994 par François Hollande.

Cette coopération d’Etat à Etat entre les justices française et burkinabè ne s’est pas encore matérialisée.

L’autre énigme est le cas Blaise Compaoré. L’ancien président sera-t-il présenté au juge ? Pas si simple…Il est désormais ivoirien et son extradition vers le Burkina Faso risque d’être un long marathon politico-juridique. La Côte d’Ivoire ayant pour politique de ne pas extrader ses citoyens.

BBC Afrique

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