TCHAD : PLUS DE 40.000 DÉPLACÉS DANS UNE SITUATION PRÉOCCUPANTE

Plus de 40.000 nouveaux déplacés internes ont été enregistrés ces trois dernières semaines dans la région tchadienne du Lac où l’armée mène des opérations contre Boko Haram, selon un rapport des agences onusiennes publié à la mi-août. Le manque de financements impacte fortement la réponse humanitaire.

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« Le nombre de déplacés, retournés et réfugiés est à ce jour estimé à plus de 75 000 personnes incluant 40.000 nouveaux déplacés internes qui sont arrivés dans et autour des villes de Bol et Baga Sola entre le 21 juillet et le 10 août 2015″, révèle le rapport produit sous le leadership d’OCHA Tchad et dont Xinhua a obtenu copie.

La région du Lac a connu ces derniers mois de nombreux mouvements de population. Les violences attribuées à la secte islamiste nigériane Boko Haram ont entraîné depuis le mois de janvier plusieurs vagues de déplacements du Nigeria et du Niger vers le Tchad, ainsi que des déplacements internes dans la région du Lac.

A la mi-août 2015, les agences humanitaires ont enregistré plus de 21.900 le nombre de déplacés regroupés dans sept sites spontanés dans et autour de Baga Sola, et près de 19.000 déplacés dans trois sites spontanés autour de Bol, dont 6.717 dans des familles d’accueil à Bol et 2.500 le long de la route Meli-Bol.

Dix sites spontanés se sont créés dans et autour des deux villes principales de la région. Les personnes ayant fui leur village sont dans des familles d’accueil ou dans des sites spontanés.

Les attaques de Boko Haram se sont multipliées depuis le mois de juillet 2015 causant la mort d’une soixantaine de civils, ainsi que l’enlèvement d’une centaine d’autres, majoritairement femmes et enfants. Face à cela, les populations de plusieurs îles ont fui leur village, laissant tout derrière eux pour se réfugier sur la terre ferme, dans et autour des grandes agglomérations jugées plus sécurisées.

« Certains déplacements ont été directement provoqués par les attaques et les affrontements entre groupe armé et armée régulière, mais la plupart s’est effectuée de manière préventive ou à l’appel du Gouvernement le 24 juillet pour laisser le champ libre aux opérations militaires », précise le texte.

La situation humanitaire dans ces sites spontanés est extrêmement préoccupante, déplorent les organisations humanitaires.

Les déplacés dorment à la belle étoile en pleine saison des pluies, sans aucun moyen de subsistance ni latrines, et font face à un risque élevé de maladies hydriques. Ils ont un accès limité aux services sociaux de base comme la santé et l’eau.

Face à cette situation dégradée, la communauté humanitaire se mobilise mais fait face à des difficultés.

La tendance dynamique des mouvements de population et le contexte sécuritaire rendent difficile la collecte des données nécessaires à la planification de la réponse.

Des enregistrements ont été faits par l’Organisation internationale des migrations (OIM) dans sept sites spontanés à Baga Sola et Bol et auprès des familles d’accueil, tandis que des missions conjointes d’évaluation rapide des besoins ont été menées par la communauté humanitaire.

Les résultats de ces missions révèlent d’importants besoins en nourriture, abris, santé.

La communauté humanitaire fait également face à des problèmes d’accessibilité. Alors que la montée annuelle des eaux du Lac risque de compliquer l’accès aux îles, d’autres mouvements de population sont encore à prévoir dans les semaines à venir du fait de la poursuite des opérations militaires, des attaques sporadiques sur les îles, ainsi que de l’opérationnalisation imminente de la Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF).

Pour des raisons sécuritaires, les déplacements des acteurs humanitaires se limitent entre Baga Sola et Bol, et une partie du personnel humanitaire a été ramenée à N’Djamena.

Le gouvernement tchadien a commencé la relocalisation des populations d’une soixantaine d’iles vers la terre ferme afin de faciliter les opérations militaires.

Un plaidoyer est actuellement mené par le Coordonnateur humanitaire afin que la protection des civils et le droit international humanitaire soient respectés lors des opérations et afin que le gouvernement assure sa responsabilité première de protection et d’assistance des populations dont il a exigé la relocalisation.

« Vu les développements récents et en cours dans la région du Lac, les besoins humanitaires vont s’accroître et il sera nécessaire de mettre à jour le plan de réponse d’urgence spécifique et de mobiliser des ressources additionnelles pour renforcer la capacité de réponse des acteurs », estiment les agences humanitaires.

Le plan de réponse humanitaire pour le Tchad en 2015 requiert 572 millions USD pour assister deux millions de personnes, mais ne prend pas en compte les nouveaux besoins liés à la crise actuelle. A ce jour, il est financé à hauteur de 198 millions USD, soit 35% du montant requis.

Source: Xinhua

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