Nigeria : l’urgence d’encadrer les milices d’autodéfense

caricature terroriste mujao islamiste Boko Haram aqmitLa lutte contre la secte Haram Boko Haram1 est désormais une réalitéplurielle. En plus de la répression armée et judiciaire régionale, il faut aussicompter sur l’action des milices d’autodéfense. Seulement, l’existence de cesmilices, formées essentiellement de civils aspirant à priori à recouvrer unenvironnement social stable dénué de violence politique, n’est pas sans poser des problèmes.

Si le phénomène milicien dans la lutte contre Haram Boko Haram peuts’expliquer et se justifier par le désir des populations de renforcer le bras arméde l’État nigérian défaillant, il ne faudrait pas perdre de vue que cesexcroissances de l’État armé pourraient, en l’absence  de garde-fous, se transformer en cauchemar pour le même État. C’est que, le redéploiement del’État armé par l’acception de la militarisation d’une portion de la société enAfrique a toujours été  suivi, sur le court terme d’un processus de destructionpervers de la morale dans les conflits. Sur le long terme, le processusd’autonomisation des groupes d’auto défense favorise toujours le déclin du respect de la règle de droit et des règles informelles structurant le vivre ensemble.

Il a été observé au Soudan ou en République Démocratique du Congo que lesmilices patronnées ou tolérées de fait par l’État, parce que n’ayant pas lalégitimité légale d’user de la coercition comme l’armée, n’ont généralementaucune limite ni morale, ni juridique dans l’emploi de la violence. C’est ainsique la violence mise en œuvre par ces dernières s’étire tout comme celle miseen œuvre par les acteurs s’opposant à l’État, à l’infini. L’exemple typique de la destruction perverse de la morale dans les conflits politiques par les milicesbénéficiant d’une connivence avec l’État en Afrique reste visible à travers les actions de la milice JanJawid au Darfour. Les actes perpétrés par celle-ci onété qualifiés par l’ONU de plus grande catastrophe humanitaire en 2004.

Cette propension des milices à exercer une violence aveugle reste entretenuepar la fluidité de l’autonomie dont ils  bénéficient du fait  du délitement de la puissance de l’État et donc de sa capacité à assurer la sécurité. En fait,l’incapacité de l’État à assurer la sécurité permet aux milices d’évoluer enélectron libre. Elles ont ainsi le champ ouvert pour  créer des institutions de facto et une économie informelle (trafic armes, stupéfiants, etc.) favorisantl’entretien du conflit. Ainsi, cette autonomie fluide permet bien souvent auxmilices de développer leurs propres intérêts. Elles cessent par conséquentd’être, comme le pense Beyhum, une idéologie de défense de l’État pour se transformer en une idéologie de défense d’un territoire ou de valeurs necouvrant pas nécessairement celles de l’État. Dès lors, elles se transformentsur le long terme en acteur favorisant le délitement de la cohésion de l’État etdonc de la fragilisation des règles organisant ce dernier. Au Soudan2 on a puobserver dans ce sens  que les milices se sont transformées en pilleurs et enoutils de vendettas. Et au Mali, on a pu observer que  la multiplication desmilices était, entre autres, le fait des terroristes voulant agir pour leur proprecompte.

Par ailleurs, il a été observé que certains membres de ces milices dans leursdifférentes actions : blocages des routes, contrôles improvisés et assaut dansles demeures des membres présumés de Boko Haram, agissent sous l’effetdes produits stupéfiants issus  des divers trafics en cours. De même, il a étéconstaté que la plupart de ces milices ne se contentent plus d’armes blanches.Elles disposent désormais d’armes de guerre, elles aussi issues des trafics quiprolifèrent3. Autant mieux dire que le malaise va grandissant.

Ces différents effets pervers du phénomène milicien pourraient être à coup sûrdes préoccupations de l’État nigérian si un encadrement rigoureux des milicesn’est pas opéré. Malgré  que l’on ait pu observer une volonté d’encadrercertaines  milices dans l’État de Borno en leur octroyant des formations, il estloisible de constater que plusieurs n’en ont jamais bénéficié. Les milices sesont retrouvées au centre des « violations massives des droits de l’homme » àtravers des exécutions sommaires, extrajudiciaires et des pratiques de torturesur des personnes dont il n’est pas avéré qu’elles ont appartenu à la secteHaram Boko Haram. Il en est ainsi, par exemple, de l’exécution de quatrepersonnes dans la ville de Guyuk le 19 janvier.4

Pour éviter ces situations, il faudrait préalablement restreindre l’autonomie deces groupes. A défaut de formellement les intégrer dans le système de sécuritéet de défenseil est possible de mettre à la tête de chaque milice des responsables, idéalement issus du milieu des forces de sécurités et dedéfense. Ces derniers devront avoir une mission fondamentale : faire respecter la règle de droit.  L’État doit faire comprendre aux membres des milices que lalutte contre la secte Haram Boko Haram n’autorise pas tout. Les éventuelles exactions commises par les membres de ces dernières doivent être  sanctionnées conformément  à la règle de droit. Par ailleurs, il faudra prévoir des incitations (compensations financières, formation, entre autres,) pour la reconversion des membres sans emploi de ces milices. Par cette action, l’Étatnigérian pourra empêcher l’une des possibles victoires de la secte Haram BokoHaram : la mise en péril de l’État de droit par ces  propres créatures.

SOURCE : contrepoints.org

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