“LES DÉFIS DU DÉVELOPPEMENT POUR NAIROBI ET AU DELÀ”

En ma qualité de Directeur général de l’OMC, je me déplace dans le monde entier et partout où je vais, on me pose la même question. Mes interlocuteurs veulent avoir mon avis sur l’économie mondiale et sur ce que sera la prochaine grande tendance. Et je leur fais toujours la même réponse: l’Afrique. Je leur parle du dynamisme de l’Afrique, continent où la population est la plus jeune et qui affiche la plus forte croissance. Et je leur parle de l’énergie et de la détermination que je perçois chez tous les dirigeants et les hommes et femmes d’affaires africains que je rencontre. Pour moi, le potentiel de l’Afrique est inégalé. Et je suis convaincu que le commerce a un rôle décisif à jouer dans la concrétisation de ce potentiel.

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En 1994, les nations du monde se sont réunies à Marrakech dans le but de créer une organisation chargée de réguler et de réformer le commerce international. L’OMC est entrée en action le 1er janvier 1995. Aujourd’hui, deux décennies plus tard, l’OMC est de retour en Afrique pour tenir à Nairobi sa Conférence ministérielle biennale – première réunion de ce type à se tenir sur le continent africain en 20 ans d’histoire de l’Organisation. Nous devons être attentifs à ne pas rater cette occasion d’obtenir des résultats pour l’Afrique.

L’OMC compte aujourd’hui 161 Membres qui sont, majoritairement, des pays en développement ou des pays moins avancés (PMA). Ce qui fait la singularité de l’OMC, c’est que toutes les voix y sont entendues, chacun a sa place à la table des négociations, riche ou pauvre, développé ou en développement. Mais, parmi ces voix, la voix de l’Afrique est celle qui s’est le plus affirmée ces dernières années. L’OMC compte aujourd’hui 43 Membres africains – soit plus d’un quart de l’effectif total – et cette représentation s’accroît. En avril dernier, les Seychelles ont rejoint l’Organisation et quand nous nous réunirons à Nairobi en décembre, nous accueillerons le Libéria.

L’engagement des pays africains à l’OMC a été essentiel pour obtenir des résultats en matière de développement. Le “paquet de Bali” approuvé en 2013 en est un bon exemple. Les pays africains ont joué un rôle crucial dans les négociations ayant abouti à cet ensemble de mesures qui, nul ne s’en étonnera, a produit d’excellents résultats pour la région. On y trouve des mesures sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, une série de décisions sur les questions relatives aux PMA (y compris sur le coton) et l’Accord sur la facilitation des échanges.

Cet accord sera d’une aide considérable et il pourrait jouer un rôle important dans la facilitation de l’intégration économique en Afrique. En rationalisant et en standardisant les formalités à la frontière et les formalités douanières, l’Accord contribuera à réduire de façon spectaculaire les coûts associés aux échanges commerciaux – de plus de 16% dans les pays en développement. C’est particulièrement vrai pour l’Afrique où le coût des formalités douanières tend à être très élevé (environ 30% plus élevé que la moyenne mondiale, selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique). L’Afrique de l’Est a déjà pu constater les retombées bénéfiques de la facilitation des échanges. Ainsi, il fallait à un camion jusqu’à trois semaines pour se rendre à Kampala depuis le port de Mombasa en raison de lenteurs administratives dans le port et aux postes frontière. Grâce à un appui à la facilitation des échanges bien ciblé, le temps moyen pour dédouaner les marchandises au port et les acheminer jusqu’à Kampala est maintenant voisin de quatre jours, ce qui fait faire des économies considérables aux entreprises. L’Accord sur la facilitation des échanges pourrait avoir un impact bien plus large encore – notamment parce qu’il prévoit un appui sur le terrain à sa mise en œuvre.

Le travail de l’OMC ne se borne pas à apporter des ajustements aux règles du commerce – nous dispensons un appui concret aux pays pour en renforcer les capacités en matière de commerce. Plus de 260 milliards de dollars ont été déboursés par le biais de l’Initiative “Aide pour le commerce” pilotée par l’OMC – et nous savons que cet appui a des effets positifs. Chaque dollar investi dans l’Aide pour le commerce génère près de 8 dollars d’exportations pour les pays en développement en général – et 20 dollars d’exportations pour les pays les plus pauvres. Cette question sera à l’ordre du jour de notre réunion à Nairobi où nous lancerons la deuxième phase d’un programme, appelé “Cadre intégré renforcé”, qui a pour vocation d’aider les PMA à faire du commerce un levier de croissance et de lutte contre la pauvreté.

Nous entendons obtenir des résultats sur plusieurs fronts à Nairobi. Les Membres de l’OMC débattent actuellement d’importants résultats livrables potentiels dans l’agriculture, ainsi que d’un ensemble de mesures visant à renforcer la capacité des PMA à commercer. Il sera difficile de faire avancer ces négociations mais notre parcours à ce jour démontre que c’est possible lorsque nous nous montrons créatifs et innovants. Nous avons obtenu récemment des résultats encourageants sous la forme du paquet de Bali, qui a rencontré un franc succès, et de la décision prise par les Membres de proroger une exemption relative aux brevets sur les médicaments pour les pays les plus pauvres.

Mais il va de soi que notre travail ne s’achèvera pas à Nairobi. Outre la question importante des résultats livrables, il y aura un débat sur l’orientation à donner à notre action future, notamment en ce qui concerne l’avenir des négociations du “Cycle de développement de Doha”. Ce cycle a progressé à pas comptés depuis son lancement en 2001 – et quand les négociations sont lentes à l’OMC, les pays se tournent vers d’autres options telles que les accords commerciaux régionaux. Ces initiatives sont positives mais l’OMC doit, elle aussi, aller de l’avant. À vouloir tout régler dans des instances régionales, on court le risque de marginaliser les pays en développement et les PMA. Ce n’est qu’au niveau multilatéral que toutes les voix se font entendre et que les problèmes de développement les plus épineux, comme celui des subventions agricoles, peuvent être réglés efficacement.

Le commerce s’est révélé l’un des meilleurs moyens de lutter contre la pauvreté dans l’Histoire. Il a joué un rôle clé dans la réalisation de l’Objectif du Millénaire pour le développement qui était de réduire de moitié l’extrême pauvreté – et il est un élément clé des nouveaux Objectifs de développement durable fixés par l’ONU. Durant les deux dernières décennies, l’OMC a aidé les économies africaines à se développer. Veillons à poursuivre cette collaboration pour obtenir plus encore – en commençant à Nairobi en décembre.

Roberto Azevêdo

Directeur général de l’OMC avec Le Républicain

 

Source: Lerepublicainmali

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