De 1960 à nos jours : Dr Almuzar Mohaly Maïga raconte !

Dans cette interview spéciale réalisée à l’occasion de la célébration du 22 septembre 2020, fête de l’Indépendance, Docteur Almuzar Mohaly Maïga, ingénieur à la retraite et membre du Conseil des sages du parti UM-RDA, nous parle du Mali d’hier et du Mali d’aujourd’hui. Lisez plutôt l’interview !

Ziré: Présentez- vous à nos chers lecteurs !

Dr Almuzar Mohaly Maïga :Bon merci ! Vous savez à chaque fois qu’on me demande de me présenter, je suis embarrassé. En tout cas, je m’appelle Almouzar Mohaly Maïga, je suis natif du village de Kanon dans le cercle de Gourma Rharouss, région de Tombouctou dont j’étais le chef de village jusqu’en 2017. Je suis actuellement à la retraite et je m’occupe de mon champ. Je suis le premier ingénieur haut technicien du Mali ayant fréquenté une université, notamment en Sciences animales PH.D de l’Université de Cornell aux Etats-Unis d’Amérique, cela après avoir fréquenté le lycée Terrasson de Fougères (actuel lycée Askia Mohamed). Chevalier de l’Ordre National et actuellement membre du Conseil des sages de l’UM-RDA Faso Jigi. J’ai aussi occupé plusieurs fonctions au cours de ma carrière depuis la Soneyades années 60 jusqu’à l’OMBEVI (Office Malien du Bétail et de la Viande), des années 80 et le Fonds National d’Autosuffisance Alimentaire dans les années 80, 90 et 91.

Le 22 septembre 1960, qui était Dr Almuzar Mohaly Maïga?

J’étais encore élève au lycée Terrason de Fougères. J’étais en première classique, en train de préparer la première partie du baccalauréat (BAC). Parce qu’à l’époque, il y avait deux baccalauréats, première partie et deuxième partie. Ce n’est qu’en 1961 que j’ai décroché mon BAC, série mathématique élémentaire, ce qu’on appelle aujourd’hui sciences exactes (S.E). De là, je suis parti aux Etats-Unis d’Amérique.

En fait, vous, vous parlez des premières années de l’indépendance, mais nous on préfère parler des premières années de la République soudanaise, depuis 1957. Parce que c’est depuis ce moment-là qu’on sentait qu’on avait notre place dans la société et qu’on devait jouer notre partition. Donc, la République soudanaise nous a amenés de 1957 à l’Indépendance en 1960. En tant que jeunes lycéens, nous étions très contents et fiers de savoir qu’on avait été libérés de la domination coloniale. Et moi qui vous parle, personnellement, quand nous avons eu les bourses pour aller aux États-Unis, c’était la première fois que je voyais  le bureau du proviseur blanc du lycée Terrasson de Fougères. Pourquoi ? Parce que c’est de bonne guerre, il voulait que tout le monde aille en France. Donc, il a essayé de nous convaincre, Madiassa Maguraga et moi, que les Etats-Unis étaient les pays de…, il y a ceci, il y a cela…

J’ai répondu : « J’ai dit camarade proviseur, si je vais aux Etats-Unis et que je meurs, aucun autre Malien ne viendra encore. Mais si je survis, je dirais à tous les Maliens d’y venir étudier. »

Alors, parlons maintenant de l’Indépendance. Quelle a été, selon vous, la vision des tous premiers dirigeants de ce jeune Etat à l’époque, le Mali, envers leur peuple ?

Il faut d’abord préciser que les dirigeants de la première heure de l’indépendance du Mali sont des gens qu’il faut vraiment saluer. Parce que lutter contre le colonialisme jusqu’à arracher l’indépendance, c’était vraiment quelque chose. J’en connais qui, dans le même mois, ont subi trois mutations. Ce sont des enseignants, ce sont des postiers, des cheminots et des vétérinaires. Je vous assure qu’à ce temps-là, les instituteurs qui sortaient de Gorée, on les appelait instituteurs africains auxiliaires indigènes. Retenez bien, instituteurs auxiliaires indigènes, vétérinaires africains auxiliaires indigènes, médecins africains auxiliaires indigènes, et tout ça était écrit en rouge sur leurs diplômes.

Alors, ces dirigeants, après l’indépendance, je crois, n’ont jamais pensé à eux-mêmes, ils ne pensaient qu’au pays, ils ne pensaient qu’à la construction de la nation. C’est ainsi que je peux vous affirmer que certains cadres sous Modibo sont partis à la retraite et c’est à ce moment qu’ils ont découvert qu’ils n’avaient même pas de case parce que tout le monde était dans les logements administratifs. C’est ainsi également que certains collaborateurs du président, feu Modibo Kéita, qui étaient ministres jusqu’au coup d’Etat de 1968 se sont rendus compte qu’ils n’avaient pas où aller et ce sont des camarades qui ont pu leur trouver des entrer-coucher dans certains quartiers populaires.

C’est pour vous dire que ces gens ne pensaient pas à eux ou à leurs poches, mais plutôt au pays. C’était la construction de la nation, montrer au colon que la colonisation nous a brimés, c’est vrai, mais on a du ressort, et on va rebondir, on va reconstruire notre nation.

Dr Maïga, le président de ce jeune Etat, Modibo Keita, qui était-il réellement, selon vous ?

Le président Modibo Kéita, je pense que ceux qui l’on connu peuvent avoir du mal à vous dire qui était-il exactement. Je dirais tout simplement qu’il était un visionnaire. C’était un homme honnête, un homme engagé, un homme droit.  C’était tout simplement un homme du peuple.  En tant que jeune lycéen parti aux Etats-Unis, j’ai milité dans toutes les organisations estudiantines et quand on me demandait, d’où viens-tu, je disais : « je viens du Mali »et là on ne connaissait pas le Mali parce que c’était un jeune État, comme vous l’avez dit. Mais au bout d’un certain moment, je me suis rendu compte que les gens connaissaient plutôt Tombouctou. Donc là je disais : « Je viens de Tombouctou »ou bien, je disais : « Je viens du pays de Modibo Kéita »et on me disait : « Ah Modibo Kéita ! Modibo Kéita ! I know Modibo Kéita (Je connais Modibo Keita) ».

 

Donc, C’est pour vous dire combien l’homme était universel. Mais ce que je veux dire en tant que jeune étudiant par la grâce d’Allah et ce que nous a inculqué le président Modibo Kéita, toutes les associations où on était, le Malien en était le leader, c’est-à-dire le président. Et je vais vous dire une chose, aux Nations-Unis, tant que le représentant du président Modibo n’arrivait pas à parler, les autres pays africains ne prenaient pas la parole. On entendait de connaître la position du Mali. Ce que beaucoup de gens ne savent pas, la photo officielle du président Modibo Keita a été prise aux Etats-Unis lors de sa visite chez le président John Kennedy.C’est là que cette photo officielle a été prise. Donc pour nous, le président Modibo était vraiment un modèle. Non seulement, c’était un père, mais aussi c’était un dirigeant hors pair. Il n’y avait pas de barrière entre lui et les cadres et sans qu’on le sache, il suivait chaque cadre. Il les connaissait et il avait confiance en eux.

C’est ainsi que, jeune cadre rentrant des Etats-Unis en juillet 1965, j’ai été le guide du président Modibo et du président Senghor pour l’inauguration de l’abattoir frigorifique de Bamako. C’était un capital de confiance qui ne se monnaie pas. C’était à cause de cette confiance qu’il avait dans ses cadres qu’un certain docteur N’Golo Traoré avait fait de la station de Recherche de Niono, une station exemplaire dont le Centre International pour l’Elevage en Afrique s’en est inspiré. C’était aussi à cause de cette même confiance qu’il avait dans les cadres qu’un certain Bamba Kadri, paix à son âme, dirigeait la SONATAM et que les cigarettes du Mali n’étaient pas seulement fumées au Mali. La liberté (cigarettes) était exportée dans la sous-région. C’était grâce à la confiance qu’il faisait aux cadres qu’un certain Morikè Konaré avait fait de la SOCIMA le plus grand producteur du ciment de la sous-région, qu’un certain Cheickna Kéita, directeur général de la SONEA (Société Nationale d’Exploitation des Abattoirs et Annexes), avait fait de cette société le pourvoyeur de viande dans la sous-région. J’étais avec lui et nous exportions de la viande sur le Sénégal, la Guinée Conakry, le Liberia, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sud d’Algérie. C’est de la même manière que Bagouro Noumanzana a introduit la canne à sucre à l’Office du Niger à partir de quelques boutures qu’il avait apportées de Sikasso. C’était ainsi qu’Abdoulaye Gouroubaba avait fait de la Compagnie Air Mali la fierté de l’Afrique. Donc, c’est parce que Modibo avait confiance aux cadres que ces derniers aussi cherchaient à se surpasser et a vraiment engranger des résultats tangibles et visibles par tout le monde.

Vous venez ainsi de parler des valeurs incroyables qui étaient celles de Modibo Kéita. Selon vous, les dirigeants d’aujourd’hui incarnent-ils toujours ces qualités ?

C’est une question assez difficile à répondre. J’ai l’habitude de dire aux jeunes : « À chaque époque, son combat ; à chaque combat, ses armes.»L’atmosphère, l’environnement de Modibo n’est pas le même qu’aujourd’hui.

Aujourd’hui même si ceux qui sont aux affaires, veulent faire comme le président Modibo Kéita, ils ne pourront pas le faire parce que l’environnement ne le permet pas.Sous la première République avec l’option socialiste, on était engagé. Aujourd’hui, il y a tellement de pesanteur, on parle de communauté internationale, on parle de CEDEAO, on parle d’UEMOA, on parle de bailleurs de fonds, mais qui font que les plus engagés ne peuvent pas faire ce qu’ils ont envie de faire pour leurs pays. Mais, prenez le cas de Thomas Sankara, on l’a tué ; prenez le cas de Mouammar Kadhafi, on l’a tué. Donc, je ne dirai pas que les cadres d’aujourd’hui n’ont pas un idéal de faire avancer le Mali, mais ils ont quand même les mains et les pieds liés et ne peuvent pas agir en toute liberté.

Pensez-vous réellement que ce sont les seules raisons qui ont empêché les dirigeants actuels d’être efficaces ?

Non ! Je ne dirai pas que ce sont les seules raisons. L’autre problème est aussi, le fait est que depuis qu’on a introduit la valeur du bien matériel, les gens ne sont plus ce qu’ils étaient avant. Et aujourd’hui vous par exemple, vous êtes un jeune ; votre génération, c’est l’argent facile et rapide. Mais de notre temps, en tout cas les premières années de l’Indépendance sous Modibo Kéita, ce n’était pas l’argent qu’on cherchait. Je ne dis pas qu’on ne cherchait pas la gloire, mais on était dans un pays qu’on voulait faire sortir de l’ornière afin qu’il aille de l’avant.

Parlons du Parti UM-RDA fondé par feu Modibo Kéita. Soixante (60) ans après, en quoi ce parti, votre parti, est-il rattaché aux idéaux de son fondateur ?

Le parti Union Soudanaise qui s’appelle Union Malienne (UM-RDA) a comme devise : Respectueuse du passé et Confiante en l’avenir. Ce que nous ont enseigné Modibo et ses compagnons, je dirai même les pères de l’Indépendance au niveau de l’Afrique, c’est cet idéal qui continue à guider l’UM-RDA dans son action de tous les jours. Il est clair que dans un système multipartiste, on ne peut avoir la même liberté d’action ou la même faculté d’expression que quand on est seul. On est en compétition avec d’autres partis et si on est pas au pouvoir, on n’a pas les moyens de sa politique, autrement les cadres politiques de l’UM-RDA d’aujourd’hui sont dans la ligne et nous continuons à être guidés par le projet de société tel que légué par Modibo et ses compagnons. Et ce projet de société, on aurait souhaité que tous les autres partis s’en inspirent. C’est ce qui permettrait vraiment de faire progresser le Mali.

Dr Maïga, le Mali a célébré hier son 60èmeanniversaire de l’Indépendance. Une date commémorée chaque année avec faste, notamment à travers des défilés militaires et autres activités festives. Pensez-vous que cela doit rester ainsi ?

Pour moi, ça devrait être même mieux que ça. Jusqu’à présent, les défilés et les parades ne se limitent qu’à Bamako et dans les capitales régionales et d’une manière beaucoup plus timide dans les chefs-lieux des cercles. Il aurait été bon, après soixante (60) années d’indépendance que cette célébration se fasse encore dans les villages. Que dans nos campagnes, les gens sachent que c’est le 22 septembre, date anniversaire de l’indépendance du Mali. Que les villageois célèbrent à leur manière cette date et qu’ils glorifient ce jour qui nous a libérés des travaux forcés, des taxes et impôts pour le colon et qui nous a redonné notre personnalité, notre dignité. Donc, c’est dommage que ça ne s’arrête qu’au niveau de Bamako et des capitales régionales.

Comme ces trois dernières années, la célébration de cette date s’est passée dans une période de grande incertitude et avec une instabilité au sommet de l’Etat. Qu’est-ce que tout cela vous dit en tant qu’un acteur politique qui a longtemps servi ce pays ?

Effectivement, à juste titre, on peut se poser la question de savoir comment ça va se passer. Personnellement, je vois  qu’il y a deux alternatives. Premièrement : la situation est trouble, on n’a pas les moyens et la simplicité s’impose avec une montée de couleur. L’autre alternative devait être l’occasion vraiment de faire du boucan dans les campagnes pour que tout le monde sache aussi bien que la communauté internationale que malgré la situation dans laquelle on est, les Maliens sont fiers d’être Maliens, les Maliens sont fiers du 22 septembre et qu’ils sont prêts à célébrer la date, chacun à sa façon.

Dr Maïga, il y a actuellement un vide au sommet de l’Etat avec des tractations autours de la transition. Est-ce que la situation actuelle du pays vous inquiète ?

Non ! ça ne m’inquiète pas du tout. Moi, je crois que les jeunes qui ont fait le coup d’Etat, doivent savoir ce qu’ils veulent.Ils ont certainement des visions, ils ont certainement un plan. Mais malheureusement, nous sommes dans un environnement où la même CEDEAO dont nous avons contribué à la création, veut nous étouffer, aussi bien que l’Union Européenne. C’est tout le monde qui semble se coaliser contre nous et malheureusement le Malien d’aujourd’hui n’est pas le Malien d’hier. Devant la difficulté, devant l’embargo, beaucoup ne vont pas se serrer la ceinture pour dire bon on va résister. Le constat est qu’il y a beaucoup de gens qui s’agitent et personnellement, je pense qu’ils le font pour avoir le pouvoir.Je connais beaucoup là-dedans qui connaissent réellement le pays. Je me demande si la CEDEAO aussi sait réellement que le Mali n’est pas un pays normal. C’est quand il y a un coup d’Etat dans un pays normal qu’on peut demander aux militaires de laisser le pouvoir aux civils et d’accepter une transition à court terme.Malheureusement, la CEDEAO ne regarde pas l’instabilité du pays qui a besoin d’être de manière exceptionnelle. Il y a aujourd’hui de ces gouverneurs, des préfets et des maires qui ne sont là que par figuration. Quand on parle de l’école aujourd’hui, les gens ne voient que cette grève des enseignants. En réalité, il n’y a même pas d’école à partir de Mopti. Donc, s’agiter pour le pouvoir ici à Bamako, moi ça me laisse pantois. Donc, ceux qui vont diriger ce pays doivent non seulement le connaître, mais aussi doivent parler du Mali avant quoi que ce soit.

L’un des problèmes auquel le Mali a toujours été confronté, est la gestion des rébellions au Nord. Selon vous, quelles en sont les causes et quelles peuvent-être les solutions ?

Si on veut parler des causes des différentes rebellions au Mali, on va rester jusqu’à demain matin. Chacun a souvent donné sa vision des causes dans cette crise tout en le résumant autour du sous-développement. En 1991, quand il y a eu la deuxième rébellion, j’ai dit au président ATT, président du CTSP à l’époque :« Appelez ces jeunes, mettez-les dans des véhicules 4X4 pour qu’ils aillent voir la région de Kayes. Quand ils y ont été et qu’ils sont revenus, ils ont dit vraiment nous aussi nous sommes plus aisés que certaines localités du Mali. »

Vous voyez, ce n’est pas une question de sous-développement. Tout le Mali est sous-développé. On parle aussi de minorité. Mais, qui n’est pas minoritaire au Mali ? Les dogons sont minoritaires, les Bwasont minoritaires, les bambaras, les sénoufos, les sonrhaïs, etc. Tout le monde est minoritaire par rapport à un ensemble. Mais, c’est l’ensemble qui fait le Mali et notre force.

Concernant les rebellions, je pense que les gens ne vont pas au font du problème pour chercher la cause causale. Tant qu’on ne se réfère pas au discours du feu Mahamane Alassane, président de l’Assemblée nationale, sénateur de son état concernant l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), tant qu’on ne se réfère pas à la loi Félix Houphouët Boigny de janvier 1957 créant l’OCRS, on fait fausse route. Cette loi qui a créé l’OCRS qui devait devenir un département de la France et qui n’a pas été encore abrogée. Tant qu’elle n’est pas abrogée, elle reste une loi de la France qui met la pression sur le président. Ce dernier est obligé de l’exécuter. Donc, on est indépendant, mais cette loi nous prend à la gorgeIl faut que les Africains du Sahel en soient conscients et qu’on fasse quelque chose. Malheureusement, ce n’est pas nous qui élisons nos présidents.Il faut d’abord régler cette situation. Sinon, comment comprendre que 1963, 1991, 2006 et 2012, c’est dans la même localité qu’il y a les rébellions.

Aujourd’hui, beaucoup de Maliens parlent de la recolonisation du Mali par son ancien pays colonisateur qui est la France, à travers sa présence militaire sur notre territoire et sa position sur les dossiers maliens devant les instances internationales comme l’ONU. Pensez-vous de la même manière ?

Mais, ça tout le monde pense ainsi. Même ceux qui ne le disent pas, ils pensent ainsi et ils le voient à travers les faits. Non ! C’est-à-dire que la présence militaire  est toujours d’une autre manière. Je vais faire du coq à l’âne. Le coup d’Etat du Général Moussa Traoré a eu lieu le 19 novembre 1968. Le 26 novembre 1968,  il y a eu un séminaire sur l’enseignement ici. Beaucoup de gens ne se souviennent pas de ça. Pourquoi, il y a eu si précipitamment ce séminaire ? Seulement une semaine après le coup d’Etat. Tout le monde dit aujourd’hui que l’enseignement est par terre, mais ils ne cherchent pas les causes alors qu’en 1963 aux Etats-Unis, il y a un de mes professeurs qui m’a demandé si je connaissais le savant qui a inventé la réforme de l’éducation au Mali. Quand je lui ai dit que ce n’est pas un savant, mais un instituteur ordinaire, il m’a répondu non et que je raconte des histoires. C’est pour dire que la recolonisation du Mali par la France n’est pas seulement avec les bases militaires, mais par un système bien ancré à travers les missionnaires et autres.

Si aujourd’hui vous avez un message pour les Maliens, ce serait quoi ?

En bref, il faut que les jeunes générations du Mali apprennent à connaître le Mali. Qu’ils sachent que le Mali n’est pas seulement Bamako. Je ne parle pas de l’histoire, mais des réalités du pays d’aujourd’hui. Moi, il m’a arrivé de rencontrer un cadre qui ma dit qu’il a fait l’école fondamentale dans un quartier de Bamako, après le diplôme d’études fondamentale (DEF), il a été au lycée de Badala. Après le BAC, il a été en France. Quand il revenait pour les vacances, il atterrissait à l’aéroport de Senou de Bamako, il partait en famille. Mais, il n’a jamais été à Koulikoro. Lui, est-ce qu’il connaît le Mali ? Comme lui, il y a beaucoup de Maliens qui ne savent pas qu’il y a des chefs-lieux au Mali qui n’ont ni courant, ni eau. Et c’est très grave.

Interview réalisée par Amadou Kodio

Source : Ziré

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