Darfour: la CPI suspend ses travaux et accable le Conseil de sécurité

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a annoncé vendredi 12 décembre au Conseil de sécurité des Nations unies qu’elle suspendait ses enquêtes au Darfour, région de l’ouest du Soudan plongée dans une crise sans fin depuis 2003. Une décision destinée à faire bouger le Conseil, qu’elle a critiqué à plusieurs reprises pour son incapacité à faire pression sur le pouvoir soudanais.

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C’est avec un ton posé que Fatou Bensouda a présenté son rapport, vendredi, devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU à New York. Le ton est posé, mais les mots sont durs. « Il devient de plus en plus difficile pour moi, a dit la procureure, de venir devant vous pour ne faire que répéter les mêmes choses encore et encore. » Et de lancer : « Les victimes de viols se demandent combien de femmes devront encore être attaquées pour que ce Conseil mesure la gravité de leur situation. »

Pour la procureure, la communauté internationale est dans une impasse qui ne peut qu’encourager les responsables d’exactions à continuer. Selon Mme Bensouda, le Conseil de sécurité des Nations unies doit adopter une nouvelle approche. En attendant, compte tenu dit-elle du « manque d’anticipation du Conseil », la magistrate gambienne a donc décidé de geler les investigations sur le Darfour. Elle a annoncé qu’elle allait réorienter les ressources sur « d’autres dossiers urgents », notamment ceux pour lesquels un procès approche.

Dans son intervention, la procureure de la CPI a également fait part de son inquiétude sur la détérioration de la situation sur le terrain soudanais. Elle a parlé de nouveaux déplacements massifs, de bombardements aériens, et a dénoncé les exactions des milices pro-gouvernementales qui ont succédé aux Janjaweed, à savoir les Rapid Support Force (RSF) dirigées par Ahmed Hamdan.

Les juges ont estimé qu’ils avaient les preuves nécessaires pour amener devant Cour pénale internationale certains Soudanais et les faire répondre de charges comme des allégations de viols. Mais à cette date, aucun de ces individus n’a été traduit en justice. Certains continuent d’être impliqués dans des atrocités commises contre des civils innocents.


■ Déclaration de Fatou Bensouda devant le Conseil de sécurité de l’ONU

« Il devient de plus en plus difficile pour moi de venir devant vous pour ne faire que répéter les mêmes choses, encore et encore. Les victimes de viols se demandent combien de femmes devront encore être attaquées pour que ce Conseil mesure la gravité de leur situation. Nous nous trouvons dans une impasse qui ne peut qu’encourager les auteurs d’exactions à continuer leurs actes brutaux.

Nous devons définir une nouvelle approche de la situation au Darfour. Faisant face à un environnement où mes équipes doivent utiliser le maximum de leurs possibilités pour les enquêtes, avec des ressources financières limitées, et étant donné le manque d’anticipation de ce Conseil sur ce qu’il doit se produire au Darfour, je n’ai d’autre choix que de geler les activités d’enquête au Darfour, et d’affecter les ressources à d’autres dossiers urgents, particulièrement ceux pour lesquels un procès approche. »

 

Source: RFI

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