Côte d’Ivoire : l’acquittement de Laurent Gbagbo par la CPI rebat les cartes politiques

« Libérés ! Libérés ! » Eric a du mal à se faire entendre au milieu des cris et des coups de sifflet, témoignages sonores de la liesse qui en un instant a envahi Yopougon, immense commune d’Abidjan considérée comme un fief de Laurent Gbagbo. Chez « Tantie Margot », ils étaient comme lui peut-être trois cents à s’être massés, les yeux et les espoirs tournés vers La Haye où se tenait, mardi 15 janvier, l’audience tant attendue de la Cour pénale internationale (CPI).

People celebrate with a portrait of former Ivory Coast president Laurent Gbagbo on January 15, 2019 in his birth-town Gagnoa after the news that International Criminal Court acquitted Gbagbo over a wave of post-electoral violence, in a stunning blow to the war crimes tribunal in The Hague. – Judges ordered the immediate release of the 73-year-old deposed strongman, the first head of state to stand trial at the troubled ICC. Gbagbo faced charges of crimes against humanity over the 2010-2011 bloodshed following a disputed vote the West African nation in which around 3,000 people were killed. (Photo by Sia KAMBOU / AFP)

Alors, lorsque le juge Tarfusser a rendu la décision d’acquittement et ordonné la libération immédiate de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, les deux accusés les plus célèbres de Côte d’Ivoire, Eric et ses amis ont chaviré. « Nous avons la victoire ! La Côte d’Ivoire a la victoire ! L’Afrique a la victoire ! C’est une victoire de la vérité sur le mensonge ! De la résistance sur l’impérialisme ! », s’époumone ce fonctionnaire de 40 ans qui préfère taire son patronyme et son emploi exact « pour éviter des représailles dans son service ».

« Cela va alléger l’atmosphère », prédit Jérôme, son ami commerçant, qui améliore le quotidien de « petites débrouillardises » « Cela fait plus de sept ans qu’on les poursuit et que rien n’est fait contre l’autre camp, alors au pays tout le monde se dit qu’il est mieux qu’on les relâche et que l’on aille à la réconciliation. »

« La vérité s’impose »

Dans la joie qui s’exprime, il y a une part de revanche sur l’histoire. Sur la rébellion déclenchée en 2002 contre le pouvoir qu’occupait M. Gbagbo et assimilée, par ses partisans, à une agression étrangère. Sur la guerre quasi-ouverte avec Paris. Sur l’affront qu’a représenté son arrestation en avril 2011 par les troupes ralliées à Alassane Ouattara, président élu, et appuyées par l’armée française, suivie de son transfert sept mois plus tard devant la justice internationale qui le poursuit pour crimes contre l’humanité. Revanche enfin sur la justice qui, en Côte d’Ivoire, s’applique à une seule partie au conflit lorsque l’autre s’octroie tous les postes de pouvoir.

Dans cette ferveur, il y a aussi l’espoir que la libération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, leader des Jeunes Patriotes et ex-ministre, ouvre la voie, sur place, à une nouvelle ère politique. « La vérité s’impose aujourd’hui au monde entier. Gbagbo Laurent est innocent. Blé Goudé est innocent (…). Depuis le début, nous disons que la réconciliation ne peut pas se faire sans Laurent Gbagbo. Maintenant que la CPI l’a libéré, il faut qu’il rentre chez lui et réalise cette réconciliation », a aussitôt réagi Simone Gbagbo, la première épouse de l’ancien chef de l’Etat.

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