Algérie : le printemps du tamazight

Le projet de révision de la Constitution élève le berbère au rang de langue officielle. Eh oui, le déni n’est plus de saison.

abdelaziz bouteflika president algerien

«Il ne faut jamais dire jamais », dit l’adage. Cet aphorisme vaut aussi pour Abdelaziz Bouteflika. En septembre 1999, alors qu’il tenait meeting à Tizi Ouzou afin de promouvoir son projet de concorde civile, le président algérien jurait que la langue berbère ne serait jamais élevée au rang de langue nationale et officielle. « Si, je dis bien si, le tamazight devrait devenir une langue nationale, elle ne serait jamais officielle, affirmait-il devant une assistance chahuteuse. Je tiens à le dire, si elle devait devenir langue nationale, ça serait par voie référendaire… » Pourtant, en avril 2002, un an après des émeutes qui firent 126 morts en Kabylie, le Parlement adopta un amendement constitutionnel faisant du tamazight une langue nationale.

Aujourd’hui, Bouteflika fait une nouvelle concession. L’avant-projet de révision de la Constitution, que son directeur de cabinet a présenté ce 5 janvier, prévoit que le tamazight, déjà langue nationale, deviendra « une langue officielle », l’arabe demeurant celle de l’État. Le texte final, qui devrait être soumis au Parlement en février pour un vote à main levée, prévoit également la création d’une Académie berbère. Placée sous la tutelle de la présidence, elle sera chargée, sur la base de travaux et d’études d’experts, de favoriser la promotion du tamazight sur le terrain. Tout un programme…

Une victoire pour la culture berbère

La consécration de cette langue (avec ses variantes kabyle, chaouie, chenouie et targuie) est l’aboutissement d’un long combat mené par le mouvement culturel berbère. Dès l’indépendance, en 1962, les responsables politiques avaient décrété que le peuple algérien était arabo-musulman à l’exclusion de toute autre considération. Confiné dans la clandestinité, le mouvement berbériste avait alors décidé, au début des années 1980, de porter le combat dans la rue. Arrestations, emprisonnements, exil… Écrivains, poètes, musiciens et activistes ont payé leur lutte au prix fort.

Au fil des ans, les autorités ont fini par admettre que cette culture et cette langue étaient des composantes essentielles de l’identité algérienne, sans pour autant oser les consacrer dans la loi fondamentale… jusqu’aux émeutes de 2001, qui ont provoqué un électrochoc, et à cette nouvelle étape de 2016, considérée comme la réparation d’une injustice et comme une avancée démocratique substantielle.

Source: Jeune Afrique

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